10 de cœur - Février 2011- n°87 gratuit

10 de coeur numéro 74

ÉDITO... COMME UN ÉCHO

Sur grand écran, le succès du film «Des hommes et des dieux ».
Sur le petit écran, les images de la révolution en Tunisie.
Deux pays voisins. Deux hymnes à la dignité humaine quelqu’en soit le prix, à la liberté plus grande que la peur.
Certains trouveraient si pratique de réduire les pays arabes
à l’islamisme, d’assimiler l’Islam au terrorisme, d’enfermer
les peuples du Maghreb dans l’intégrisme, alors que celui-ci
n’est qu’un détournement de la religion au service d’un projet politique d’oppression.
Les manifestants tunisiens contre la dictature nous ont offert
un témoignage, dramatique et magnifique, d’espoir en la liberté
et en la démocratie.
Bien sûr que rien n’est gagné pour toujours, que le pire comme
le meilleur sont encore possibles, mais déjà, nous leur devons notre estime et notre respect.
Philippe Billet

REGARD

LES ÉCARTS DU MOI ET LE MOIS DES ÉCARTS

Février, sans égards aux mornes fatigues de la répétition, brise l’inertie du quotidien. Février fait vivre et fait mal. Février mêle le verglas aux approches du printemps. Février fait froid aux virés du logement, chaud aux amoureux qui valentinent aux baisers du bonheur. On veut du bien par ci, on souffre par là, vers la Tunisie trop dure, ou l’implacable Iran, vers la cité abandonnée aux
misères et aux vilains loulous.
Le moi, le vôtre, Madame, le tien, mon voisin, et même l’intime du mien de moi, vit d’écarts et de tensions, de proximités douces et de lointains terribles, de lointains radieux et d’insupportables proximités. Chacun peut mettre là un contenu lourd et privé. Février peut faire bonne figure, chacun peut porter un masque, février déchire les certitudes et les habitudes, car nous vivons
d’écarts, de fusions fragiles, et d’arrachements cruels.
Si le mois des contradictions pouvait signer la fin des illusoires convictions, le moi pourrait ouvrir aux extrêmes de la vie. Les hommes politiques et les matraqueurs publicitaires sourient tout le temps d’un sourire fabriqué et obscène, du moins pour les seconds, hors scène de vie vraie. « La vraie vie est ailleurs » disait le poète. Le malheur et bonheur se côtoient et s’étreignent, et février dit la réalité des contraires qui font la vie plus juste et plus vraie.

Christian NOORBERGEN